28 septembre 1842

« 28 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 141-142], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11414, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour Toto, bonjour méchant Toto, bonjour aimé Toto, comment allez-vous ? C’est bien joli ce que vous m’avez fait là, n’est-ce pas méchant homme ? Si j’avais su, je n’aurais pas si bien fait doubler les manches de votre paletot ; une autre foisa je m’en défierai et vous ne m’y attraperez plus. TAISEZ-VOUS. Qu’a dit notre ami Toto, deuxième du nom1, de son petit dessin et de sa demi lune ? J’espère qu’il a dû être joliment content, sans parler du bonheur de vous voir en chair et en os. Il est, ils sont tous bien heureux, ces chers petits goistapioux. Moi seule, je suis une pauvre Juju vexée. Si vous ne revenez pas ce soir, je ne sais pas ce que je deviendrai, ce ne sera plus AU BOIS2 que j’irai mais je m’enfoncerai dans le fin fond des forêts, d’où vous n’entendrez plus parler de moi. Taisez-vous et revenez bien vite. Tâchez aussi, mon amour, de ne pas vous enrhumer et de ne pas sentir d’humidité sur toute votre chère petite carcasse sous peine d’avoir vos douleurs plus fortes que jamais. Vous choisissez toujours très bien vos jours pour aller à la campagne, ça fait peur. Taisez-vous, vous êtes une bête. Si vous étiez capable de ne pas revenir ce soir, je ne sais pas ce que je vous ferais. Mais heureusement, vous avez votre ACADÉMIE demain et si ce n’est pour moi, ce sera pour Elle que vous reviendrez. C’est assez juste. Voime voime polisson, reviens-y, tu verras ce que je te ferai. Baise-moi pour ta punition.

Juliette


Notes

1 Juliette désigne ici le fils de Victor Hugo, François-Victor Hugo.

2 Bois de Boulogne. Juliette menace fréquemment Hugo, jaloux, d’aller s’y promener seule.

Notes manuscriptologiques

a « autrefois ».


« 28 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 143-144], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11414, page consultée le 24 janvier 2026.

Mon cher petit bien-aimé, je ne dirais pas que je suis entre deux feux car je n’en ai d’aucun côté, mais entre deux craintes, celle de ne pas te voir et celle que tu ne te rendes malade en venant par l’affreux temps qu’il fait. Je ne sais à quel saint me vouer pour avoir le plaisir de t’embrasser ce soir sans avoir un rhume sur ta poitrine à me reprocher demain. Tâche, mon cher adoré, de me tirer d’embarras en venant le plus vite possible et en mettant sept paletots les uns sur les autres avec autant de gilets tricotés. J’espère que ce hideux temps n’empêche pas notre cher petit Toto1 de se bien porter et tous les autres goistapioux d’être les plus heureuses petites bonnes gens du monde ! Je vous prie de considérer que ce pâté ci-dessus2 n’est point de mon fait mais bien du vôtre. Je ne veux rien avoir à vous, pas même ce pâté, monstre, je vous le rends donc avec tous les honneurs dus à sa monstruosité. Je vous dirai, en forme de confidence, mon amour, que je m’ennuie horriblement ici3 et que si vous ne venez pas bientôt je mettrai tout à feu et à sang, comme un certain don CÉSAR de mes amis. Tant pisa pour vous, pourquoi me laissez-vous seule quand vous savez que je ne peux pas vivre sans vous ? Sur ce, baisez-moi et apprêtez-vous à me lire MON PREMIER ACTE4. Je vois que la patience et la discrétion ne servent à rien avec vous, je reprends mon allure naturelle qui est la plus féroce curiosité pour tout ce que vous faites comme vous le savez très bien. Ainsi donc, mon adoré, point de quartier ni de trêve que vous ne m’ayez lu mon tant désiré premier acte. Votre très humble serventre

Jujulina


Notes

1 François-Victor.

2 Il y a un pâté d’encre sur la lettre.

3 Citation de Ruy Blas, Acte IV, Scène 2 (réplique de don César).

4 Il s’agit du premier acte des Burgraves, que Victor Hugo a achevé le 17 septembre.

Notes manuscriptologiques

a « tant pire ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.

  • 12 et 28 janvierLe Rhin.
  • Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
  • 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.